Autopsie de Charlie Hebdo: Les terroristes avaient déjà gagné

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590926-charlie-hebdo-dont-locaux-parisiensAlors que les médias sociaux sont inondés de soutiens sous la forme d’hashtags et de photos clamant : « Je suis Charlie », que les rassemblements se multiplient et qu’on appelle à la défense de la liberté, quelque chose de très sombre se trame en coulisse. Il faut se demander si la masse de sympathie et de soutien pour Charlie Hebdo possède une substance quelconque, ou si le spectacle des rassemblements sur les places publiques et des messages de soutien copié-collé sur les médias sociaux ne représente pas le dernier cri, le dernier souffle, avant la capitulation. En effet, l’autocensure, cette forme de déni du réel devant une menace rageuse, grandissante et conquérante et qui nous vient spontanément après avoir intériorisé la pensée officielle du censeur, se portait déjà très bien avant les attaques contre la revue satirique Charlie Hebdo. Rien ne porte à croire que cela changera.

Les évènements de Paris qui ont coûté la vie à au moins douze journalistes de Charlie Hebdo sont accueillis comme une surprise générale, comme si personne ne s’y attendait, malgré la protection policière permanente jugée nécessaire depuis plusieurs années, étant donné la menace islamiste qui planait sur le journal. Soudainement, comme si notre mémoire collective se limitait à un cycle médiatique d’une semaine, nous croyons la liberté de presse et d’expression menacée alors qu’antérieurement au 6 janvier 2015, elle se portait à merveille.

Cela soulève les questions suivantes. Où étaient ces millions de gens solidaires de Charlie Hebdo lorsque, depuis 2011, malgré des menaces bien réelles comme on le constate aujourd’hui, ce même Charlie Hebdo publiait un numéro intitulé « Charia Hedbo » qui se moquait avec sa poigne habituelle de l’Islamisme dans le monde arabe ? Où étaient-ils, ceux qui déposent des lampions, qui se croient solidaire par leur usage de l’hashtag #charliehebdo pour s’assurer de faire partie de ceux qui ont la main sur le cœur, au cours des 25 dernières années alors que Salman Rushdie et ses proches ont dû vivre sous la terreur fatwaienne, eux aussi, sous protection policière, en raison de la menace islamiste ? Où étaient-ils ces chevaliers de la démocratie quand le Jyllands-Posten, ce quotidien danois qui avait publié des dessins satiriques jugés « offensants » pour l’Islam en 2005, est devenu la cible de menaces similaires à celles reçues par Charlie Hebdo depuis des  années ? Où étaient les vigilants pour pleurersur le manque de courage des rédacteurs de presse quand, malgré une certaine solidarité, la grande majorité des salles de rédaction européennes et nord-américaines décidèrent de ne pas publier les dessins du Jyllands-Posten, par crainte de représailles islamistes maladroitement camouflées derrière une décision basée, disaient-ils, sur un « jugement rédactionnel » ?

Salman Rushdie et son livre Les versets sataniques.

Salman Rushdie et son livre Les versets sataniques.

En réaction aux attaques contre Charlie Hebdo, Salman Rushdie déclarait que, lors de la déclaration de la fatwa contre sa personne par l’Ayatollah Khomeiny, le support des intellectuels, des élites et de la population envers sa personne avait constitué un front commun contre la censure, l’intimidation et la violence islamiste. Mais avec le temps, alors que la rectitude politique augmentait en force, qu’une élite médiatique, politique et académique  abusait de termes comme « islamophobie », et que l’on nous bombardait de déclarations disant que le terrorisme auquel nous faisions face n’était le fait que de quelques individus « radicalisés », toute critique de l’Islam, même d’un Islam conquérant qui rejoue et glorifie l’époque des grands empires musulmans, se trouvait médicalisé et donc sujet aux accusations les plus dévastatrices de notre époque, soit celles d’être « intolérant » et « raciste ». Le résultat étant que Salman Rushdi, récemment de passage dans les bureaux même de Charlie Hebdo, constatait alors avec l’équipe de la revue, qu’aujourd’hui, le support dont il bénéficiait en 1989, avait disparu, autocensure oblige.

L’hypocrisie de certains aujourd’hui est d’autant plus frappante que pendant la crise des dessins du Jyllands-Posten et lors des nombreuses couvertures de Charlie Hebdo qui faisaient polémiques, plusieurs hésitaient entre défendre la liberté d’expression et la crainte d’offenser la religion, c’est-à-dire l’Islam, car ces mêmes penseurs ne penseraient jamais défendre le christianisme avec la même ferveur.

Les terroristes l’ont déjà emporté avant même les attaques contre Charlie Hebdo, car nous n’avons plus le courage de faire face à une telle menace comme notre affaissement collectif le démontre. Si j’espère que la tuerie du Charlie Hebdo aura l’effet d’un coup de fouet sur l’esprit occidental et le redressera, je crains que les islamistes aient simplement mis la main sur leur butin de guerre : notre liberté.

Philippe Labrecque