Réponse: Crise sociale au Québec Précurseur de la révolution populaire occidentale?.

By Posted in - Politique et société on May 30th, 2012 Grève

En réponse au texte de Laurent Aglat publié par le Voir: http://voir.ca/jepenseque/2012/05/29/le-quebec-precurseur-de-la-revolution-populaire-occidentale/

“Nous ne sommes pas si loin des revendications qui ont vu naître les plus grands changements de société : la Révolution française, la Russe, mai 68, le printemps arabe, pour n’en nommer qu’une fraction.” Laurent Aglat

Au contraire, nous en sommes très loin. La révolution française a été une révolution de la bourgeoisie, non du peuple, qui voulait une certaine liberté commerciale contre la monarchie et son contrôle total sur l’état et l’économie alors que la révolution Russe est née au sein d’un petit groupe de révolutionnaires qui ont provoqué la révolution bolchévique. Pour ce qui est de mai 68, même un militant communiste convaincu comme Maître Jacques Vergès n’y croyait pas. Mai 68 n’a été que visuellement spectaculaire mais n’a pas débouchée sur une révolution dans le sens propre du terme, soit un changement de régime. Même que la droite fut reportée au pouvoir après les évènements de mai 68, démontrant à quel point nous étions loin d’un basculement politique. Pire, comme l’historien et économiste Niall Ferguson le disait, les manifestants étant habillés de jeans, symbole purement américain, il ne faisait que promouvoir la version occidentale et capitaliste de la civilisation et non l’idéal socialiste.

Le mouvement actuel démontre une mobilisation qui, maintenant, transcende les générations et qui prouve, dieu merci, que les Québécois ne sont pas aussi dépolitisés qu’on le croyait. Par contre, les comparaisons avec les révolutions dans le monde arabe ou, pire avec la révolution française et bolchévique semblent nous venir directement de l’imaginaire de certains et non d’une analyse historique. Si la comparaison perdure, c’est beaucoup plus à cause d’un manque de repères culturels que par similitudes sociales et politiques avec le moyen-orient ou les évènements historiques mentionnés.

La ‘colère populaire’ dont parle l’auteur n’est pour l’instant que cela: une émotion partagée par plusieurs et non une alternative viable et réaliste aux institutions, aussi imparfaites soient elles. Une émotion ne se traduit pas facilement en mouvement politique qui, inévitablement, se frottera à la réalité et par conséquent, dévoilera le besoin de faire des concessions, de mettre de l’eau dans son verre de vin idéologique et surtout, nous fera réaliser que nous étions bien loin de la révolution perpétuel souhaitée par les romantiques une fois que les casseroles reprendront leurs places dans les cuisines et que les étudiants, comme ceux de mai 68, retourneront en classe.

 

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