Renouveau ou status quo?.

By Posted in - Politique et société on May 22nd, 2012
Bureau de vote pour les ressortissants algériens à St Petersbourg.

Bureau de vote pour les ressortissants algériens à St Petersbourg.

Article publié sur le site web de la Radio HDR.

Par Philippe Labrecque

22 mai 2012

Alors que la France se remet d’une campagne présidentielle qui avait porté les Socialistes au pouvoir et que l’Europe craint les effets de la crise grecque, l’Algérie, un pays de plus de 35 millions d’habitants au cœur du Maghreb, tenait des élections législatives le 10 mai dernier.

Ces élections prennent place peu après que le Printemps arabe ait transformé la nord de l’Afrique avec des changements de régime à l’est des frontières algériennes, soit en Libye, en Tunisie et en Égypte, pendant qu’à l’ouest, l’électorat marocain portait un parti islamiste au pouvoir le 25 novembre dernier. Avec la situation tendue au Mali et les revendications nationalistes des Touaregs, le tout envenimé par les armes de l’ancien régime Libyen dispersé aux quatre coins du Sahel, le futur politique de l’Algérie implique donc aussi le futur du Maghreb en entier.

Certains prédisaient un taux de participation inférieur à 20 %, mais contrairement aux attentes, les élections législatives algériennes du 10 mai ont suscité une participation de plus de 43 %. Les 7 millions et demi de suffrages exprimés, sur plus de 21 millions d’électeurs inscrits, ont porté le Front de Libération National (FLN) au pouvoir avec 221 des 462 sièges de l’assemblée populaire nationale. Le parti Rassemblement National Démocratique, en alliance avec le FLN et ayant obtenu 70 sièges est le deuxième parti en importance alors que l’Alliance verte, une coalition de partis islamistes, a obtenu 47 sièges et termine 3e.

Le taux de participation élevé peut être considéré comme un aspect positif de ces élections législatives, mais pour plusieurs, la victoire retentissante du FLN signifie simplement la préservation du statu quo en Algérie. Le FLN qui a obtenu 85 sièges de plus qu’aux dernières législatives de 2007 alors que le parti historique avait obtenu 136 sièges a aussi pratiquement passé les 50 dernières années au pouvoir. Certains observeront que les résultats des islamistes, seulement 47 sièges, sont en contraste avec les résultats impressionnants de leurs collègues en Tunisie, au Maroc, en Libye et aussi loin que l’Égypte. Cependant, pour plusieurs observateurs, le résultat des islamistes n’est pas la question la plus importante.

La victoire écrasante du FLN représente un « problème générationnel » alors que la génération du FLN a toujours une main mise sur l’armée et la bureaucratie et que les généraux sont ceux qui détiennent réellement le pouvoir et tous les secteurs de l’économie d’après un ancien ministre algérien vivant à Paris, rapportait le Maghreb Intelligence, un magazine généraliste. Ce même ancien ministre voit le système démocratique en Algérie comme une façade pour garder une image positive de l’Algérie sur la scène internationale.

L’attention portée aux résultats nous fait oublier à quel point la campagne électorale s’est déroulée dans « l’indifférence populaire» d’après Omar Berbiche, éditorialiste au quotidien Algérie El Watan. Le haut taux de participation aurait été voulu par le FLN et le président Abdelaziz BOUTEFLIKA pour ajouter du poids à ses réformes politiques et surtout utiliser cette légitimité acquise aux urnes pour contrer ceux qui veulent un changement venant de la rue, à l’image du Printemps arabe.

Malgré les félicitations du secrétaire général des Nations Unies, BAN KI MOON, pour le bon déroulement du scrutin et du nombre des femmes élues imposées par quotas, soit 145, plusieurs irrégularités lors du vote du 10 mai ont été rapportées. Une majorité des parties de l’opposition se sont d’ailleurs opposées aux résultats législatifs, laissant planer la crainte d’une manipulation planer sur les résultats.

Taux de participation par région

Même le système à représentation proportionnelle, instauré en 2010, pose problème. Ce système élimine les parties qui obtiennent moins 5 % des suffrages et favorise fortement les grands partis. Le FLN a ainsi obtenu 221 sièges en 2012, alors qu’il n’en avait obtenu que 136 en 2007 pour 1 324 363 voix en 2012 contre 1 315 686 voix en 2007, soit une différence d’approximativement 12 000 voix.

Les élections législatives ont réussi a endiguer l’avancée des partis islamistes, au contraire des autres pays d’Afrique du Nord, ce qui s’explique en partie par les traces psychologiques laissées par la « décennie noire » suivant les élections de 1992, d’après Antonio PANZERI, un membre de la mission d’observation par les parlementaires européens. Mais si les islamistes ont accusé un recul global, ils ont fait une poussée à Alger, la capitale, en obtenant 15 élus sur 37. La situation est donc loin d’être résolue.

Les Algériens devront choisir un nouveau président en 2014, alors que Abdelziz BOUTEFLIKA devrait quitter le pouvoir si la constitution est respectée. La démocratie en Algérie, ou dans tout autre pays, ne se définit pas par le simple acte de voter, mais dans la pratique de ses institutions. Le taux d’abstention relativement élevé, malgré une certaine hausse comparativement à 2007, peut s’expliquer par le manque de confiance de la population envers ses institutions. Reste à voir si les législatives de 2012 marqueront un tournant non seulement au niveau de l’assemblée, mais surtout au sein des institutions gouvernementales Algériennes.






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